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10 septembre 2007 1 10 /09 /septembre /2007 08:51

La Grande-Bretagne est devenue, mercredi 5 septembre, le premier pays au monde à autoriser officiellement - tout en l'encadrant - la création in vitro d'embryons "chimères" constitués d'un patrimoine génétique humain intégré dans une enveloppe et une machinerie cellulaires d'origine animale.

Le "feu vert" donné par la Human Fertilisation and Embryology Authority (HFEA) vise à pallier les difficultés rencontrées par les biologistes britanniques engagés dans la recherche sur les cellules souches embryonnaires humaines à des fins thérapeutiques. Ces chercheurs expliquent être confrontés à une pénurie d'ovocytes féminins, cellules indispensables à la création d'embryons via la technique du clonage par transfert nucléaire. Selon eux, une solution s'imposait : substituer aux ovocytes humains des ovocytes d'autres mammifères prélevés sur des vaches ou sur des lapines.

En janvier, compte tenu des enjeux symboliques et éthiques inhérents à une telle demande scientifique, la HFEA avait jugé indispensable, avant de rendre sa décision, d'organiser durant plusieurs mois une consultation publique visant à prendre le pouls de l'opinion britannique.

"La loi sur ce sujet n'est pas très claire, et ce domaine peut apporter un changement substantiel dans l'orientation de la recherche scientifique au Royaume-Uni, précisait alors Angela McNab, directrice générale de la HFEA. Ce serait une erreur de porter un jugement immédiat sur ce problème compliqué et controversé avant d'avoir suffisamment d'éléments." Pour sa part le gouvernement travailliste de Tony Blair, soucieux de tout mettre en oeuvre pour conforter la position dominante de son pays dans ce secteur perçu comme économiquement prometteur, n'avait pas caché, durant la consultation, qu'il était favorable à de telles recherches (Le Monde du 23 mai). Il avait alors fait état d'un projet de loi permettant de telles créations embryonnaires. Le Parlement britannique n'a pas encore tranché, mais les prérogatives réglementaires de la HFEA pourraient permettre de faire l'économie d'une étape législative.


CONDAMNATIONS CATHOLIQUES

 

En pratique, les scientifiques souhaitant pouvoir créer de telles chimères embryonnaires devront s'adresser à la HFEA, qui évaluera au cas par cas la pertinence des recherches projetées. Une commission ad hoc évaluera au cours du mois de novembre les dossiers qui ont déjà été déposés, ceux de chercheurs de l'université du King's College à Londres et de l'université de Newcastle, dans le nord-est de l'Angleterre. Les embryons hybrides ne pourront pas être implantés dans un utérus animal ou, a fortiori, humain. Ils devront être détruits au plus tard 14 jours après leur création, après que les chercheurs seront parvenus à dériver des lignées de cellules souches qui pourront être cultivées durant plusieurs années ou décennies.

"La décision de la HFEA constitue un résultat positif (...) pour le progrès de la science en Grande-Bretagne. Nous espérons que cela débouchera sur de nouvelles technologies profitant à tout le monde, a déclaré, le 5 septembre sur les ondes de la BBC, le docteur Lyle Armstrong (université de Newcastle), un des chercheurs directement concernés. Cela peut sembler à première vue répugnant, mais il faut comprendre que nous n'utilisons que très peu d'information génétique de la vache. Il n'est pas dans notre intention de donner naissance à un quelconque hybride bizarre entre l'homme et la vache. Nous voulons utiliser ces cellules afin de mieux comprendre les cellules souches humaines."

Environ 1 % de l'ADN de ces embryons chimériques devrait être d'origine animale - il s'agit d'ADN mitochondrial, présent dans les "centrales à énergie" des cellules, et non pas chromosomique, concentré dans le noyau.

Pour autant le feu vert accordé par la HFEA a, sans surprise mais avec une virulence sans précédent, déclenché une série de condamnations émanant des milieux catholiques. La plus violente a été formulée par Mgr Elio Sgreccia, président de l'Académie pontificale pour la vie. "C'est un acte monstrueux dirigé contre la dignité humaine", a-t-il déclaré le 5 septembre sur les ondes de Radio-Vatican.

Jean-Yves Nau
Article paru dans le Monde / édition du 08.09.07.









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