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19 janvier 2010 2 19 /01 /janvier /2010 10:36
 

 

Le 12 janvier, Haïti a été ravagée par un
tremblement de terre de magnitude 7.
Les pertes humaines se compteraient en
dizaines de milliers. Un drame qui s'explique
par la nature du séisme ainsi que par
l'extrême vulnérabilité de l'habitat.

« C'est un séisme qui a eu lieu dans la pire des
situations du point de vue de la vulnérabilité
,
explique Eric Calais, professeur de géophysique à
 l'université de Purdue, aux Etats-Unis. La faille
qui a rompu passe quasiment
au travers de la capitale haïtienne, une ville
qui a grandi énormément ces dernières décennies...
et de manière peu organisée.
»
Résultat : des pertes humaines qui pourraient se chiffrer
en dizaines de milliers.

Mais la mauvaise qualité des constructions
n'est pas seule en cause puisque des
palaces, des bâtiments officiels, ont aussi été balayés
par la secousse comme
de vulgaires châteaux de carte. À l'origine du désastre,
il semble donc
qu'il y ait avant tout une mauvaise conjonction de facteurs,
à commencer
par la position de l'épicentre du séisme : à peine 15 kilomètres
au sud-ouest
de Port-au-Prince.

Ensuite, la faible profondeur du point de rupture
sismique (ou foyer) explique
le pouvoir dévastateur de ce tremblement de terre :
dix kilomètres seulement
sous la surface de l'île. « Un fait caractéristique
des grands séismes
de décrochement
», explique Nicolas Chamot-Rooke,
responsable de
l'équipe Dynamique de la Terre de l'École
normale supérieure.

Un coulissement entre plaques

Le séisme a eu lieu à 15 km de la capitale



















La surface du globe est en effet constituée d'une mosaïque de plaques
tectoniques qui passent l'une sous l'autre (subduction), s'écartent ou
coulissent (décrochement). Dans chacune de ces zones, les forces mises
en jeu sont très différentes ce qui influencent la nature des séismes en eux-mêmes.

Au-dessus des zones de subduction par exemple, le point de rupture sismique a
tendance à se trouver très en profondeur (20-30km), ce qui amortit les
secousses ressenties en surface. En revanche, dans une zone de coulissement
comme en Haïti, ce même foyer est généralement situé plus en surface,
à seulement 7-10 kilomètres de profondeur.

À magnitude équivalente, ce dernier type de séisme, dit de décrochement,
sera donc plus destructeur qu'un séisme de subduction... surtout s'il a lieu
à proximité d'une zone peuplée. « Cela paraît évident, conclut
Christophe Vigny du département Terre Atmosphère Océan
de l'École Normale Supérieure, un séisme superficiel, dont
l'épicentre est proche d'une zone habitée, détruit et tue plus
qu'un séisme plus gros, plus profond et plus éloigné.
»

Pour autant, ce séisme était-il anormalement puissant ?
« Non, il s'inscrit dans la "normalité" de la région », insiste Christophe Vigny.
Un point de vue partagé par tous les spécialistes.
« Sur les trois cents dernière années,
il y aurait eu une dizaine de séismes de magnitude 7
 dans la région
», continue Eric Calais.

Le dernier a ainsi eu lieu en 1946 de l'autre côté de l'île,
en République Dominicaine. Pour Haïti,
le précédent grand tremblement de terre remontait à 1842.
La magnitude de cet événement avait néanmoins été bien plus importante
et l'énergie libérée, 30 fois supérieure à celle relâchée en début de semaine.

D'après les calculs très préliminaires d'Eric Calais,
ce 12 janvier, l'extrême sud de l'île a avancé vers l'est de 1 à 1,5 mètre et ce,
sur une longueur de faille de 100 kilomètres environ.
Il faudra sans doute plus de temps pour avoir une estimation
réaliste de pertes humaines qui chiffreraient déjà en dizaines de milliers.

 

 

Viviane Thiven
http://www.cite-sciences.fr




Déformation de deux blocs qui coulissent l'un contre l'autre le long d'une faille "bloquée"







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